
- L'EST RÉPUBLICAIN - Michèle YAHYAOUI
Du folklore sidérurgique au rustique expérimental tout un progamme, hier,
au Kursaal. Dominique Regef, l'un des maitres contemporains de la vielle
à roue, une machine de 1000 ans d'âge. "Bonjour, merci d'être venus, parce
qu'écouter de la vielle à roue le matin quand il pleut, c'est courageux".
Dominique Regef doit plaisanter. Dans le cadre du festival "Musiques libres"
organisé par Asprojazz, l'artiste prépare sa machine devant une centaine
de personnes. Un instrument guère plus gros qu'une mandoline mais au premier
son, gare. Les oreilles néophytes hésitent entre une fraise de dentiste
et l'alarme incendie. Dans le public, un garçonnet retire son pouce de
la bouche et jette un regard inquiet à son grand frère. Un si gros bruit
dans une si petite boite. Dominique Regef est l'un des maitres contemporains
de la vielle à roue, une machine de 1000 ans d'âge. La force de l'instrument
est démultipliée par l'électronique. Ce n est pas de la musique de fillette,
il fallait s'y attendre avec le titre du programme : « Du folklore sidérurgique
au rustique expérimental". Passé le choc initial, les muscles se détendent.
Les sons ne visent plus seulement le public mais se baladent dans la salle.
Dominique Regef fait corps avec son instrument et le public se laisse
porter ces bruits étranges. On dirait que le vent se lève. Non. ce n'est
qu'un souffle d'air chaud, la musique prend des accents orientaux. Une
sirène de bateau annonce l'arrivée au port. Mais voilà que l'alerte résonne
à nouveau. Tous aux abris. Deux enfants du premier rang quittent la salle
avec leur grand-père. Quelques spectateurs leur emboitent le pas. La roue
tourne et il commence à faire faim. Dominique Regef ne dévie pas de sa
route. Il se nourrit de la force émotionnelle de sa machine et partage
volontiers sa table.

- LE MONDE - Stéphane DAVET
Dominique Regef, tourneur de vielle LES SNOBS diront « vielliste », le
populo, « vielleux ». Dominique Regef, lui, se définit comme « tourneur
de vielle », mais aussi comme « inclassable » ou «déviant». Avant-gardiste
enraciné, il ne prend pas partie dans la guerre, éternellement sotte,
des anciens contre les modernes, mais promène son instrument du Moyen
Age au troisième millénaire, de la bourrée au jazz, du Berry profond aux
confins de l'Inde. Cet ancien Parisien, un moment chanteur-guitariste
dans les cabarets rive gauche, a découvert la vielle à roue en même temps
que la fin des années 60 redécouvrait le folk. Son coup de foudre, déjà,
tenait à une envie de nostalgie autant que de futurisme. " Le sentiment
écologique était en train de naître, on retrouvait nos racines, mais il
s'agissait aussi de se réapproprier la musique. J'aimais l'histoire ancestrale
de la vielle, mais aussi une tension, une stridence qu'on retrouvait dans
les guitares électriques. Ma vocation, je la dois autant à René Zosso
(grand modernisateur de la vielle à roue) qu'à Jimi Hendrix. " Cette dualité,
il ne cessera de la cultiver. Dans les années 70, il tourne aussi bien
avec le groupe Mélusine, tenant d'un purisme acoustique, qu'avec Malicorne,
pionnier français du folk-rock. Aujourd'hui installé à Toulouse, il enregistre
avec des ensembles médiévaux mais prépare avec Serge Pey, poète et souffleur
de roseaux, un spectacle, L'Evangile du serpent ( le 17 avril, au parc
de la Mounède), aux rythmes et effets de transe proches selon lui des
expressions rap et techno. S'il vilipende le « tourisme musical» et les
facilités commerciales de la world music, Dominique Regef s'est passionné
pour la perméabilité des cultures, collaborant entre autres avec les Marocains
de El Hijra ou l'Indien Ravi Prasad."J'aime cette déstabilisation. Je
ne cherche pas à faire de la musique indienne, lui ne devient pas occidental.
Nous sommes à l'écoute l'un de l'autre, nous lâchons prise, nous nous
laissons dériver pour inventer des langages... La vielle est un tapis
volant idéal." Invité, en 1993, sur un album (Carcassonne) et une tournée
du chanteur suisse Stephan Eicher, il a apprécié l'expérience humaine
mais souffert des contraintes du showbiz et des limites du format rock.
Il préfère, de loin, la liberté d'improvisation du jazz contemporain.
« Dans l'improvisation, comme dans la musique traditionnelle, je retrouve
cette envie instinctive d'aller à l'essentiel, une conscience très aiguisée
d'une construction organique. Je me laisse guider par l'instrument. Le
public est capable de ressentir cette osmose, de découvrir en lui-même
une autre façon d'écouter. »

- JAZZ MAGAZINE
Festival "Fruits de Mhère" Un festival "perdu" dans la campagnemorvandelle
: tout nous prépare à une dépense improductive des musiques, aux jubilations
libertaires. Un programme roboratif et pluridiscipli-naire : exposition
des musiciens peintres et sculpteurs, semi-marathon, films- concerts,
débat sur la désertification des campagnes... Le deuxième temps fut dévolu
aux "musiques barricades" « pas d'accord avec leur époque » comme dira
Lubat. En duo exceptionnel, Lubat (à la batterie) et François Jeanneau
s'exposent librement. Dominique Regef fait figure de magicien de la vielle
a roue. Sans pathos, son improvisation tire des larmes.

- L'ALSACE - Olivier CHAPELLE
Jazz À Mulhouse - Roue spatiale La vielle à roue de Dominique Regef a
entraîné hier la chapelle St-Jean dans une intime création du monde. Dominique
Regef gonfle l'espace, le peuple de vies, de voix, pour recréer le monde.
Hier midi, l'heure était à la méditation et à la poésie, pour un concert
aussi court - une demi-heure - qu'intense. La chapelle Saint-Jean était
comble pour accueillir la vielle à roue de Dominique Regef, seul sur l'estrade.
Une longue concentration initiale donne de la texture au silence, à l'immobilité.
Du néant naît un filet discontinu, un grincement hésitant. Peu à peu,
alors que la trépidation s'épuise en longues stridulations, l'univers
se gonfle et se peuple de menus piaillements, de farouches aigus. Les
harmoniques s'étiolent, se distendent, pour former une dentelle incomparable.
Eternel retour, la roue tourne sans trêve. Elle recrée l'espace primordial,
dans la douleur bourdonnante des étoiles. Une vie désordonnée apparait
: la main gauche laisse jouer de volatiles et aléatoires insectes. L'élan
vital s'intensifie, se ramifie, prend du volume. Des structures apparaissent
sur la continuité inébranlable dévidée par la roue. Un chant oriental
dessine l'approche d'une culture. On décèle de subtils conflits, de lents
appels, des désirs extrêmes. Le rythme devient lancinant, on plonge dans
un chaos douloureux, blessé. A reculons, comme à contre-coeur, le rien
reprend sa place. Unique et fragile, la musique de Dominique Regef a creusé
le ciel.

- RÉPERTOIRE
TOURNERIES Regef explore ici toutes les sonorités possibles d'une vielle
à roue : chuintements d'instrument à vent, sifflet de locomotive à vapeur,
grincements de bielles, clarinette végétale, sons d'alerte électronique,
unisson de violons d'orchestre, etc. Les sons de la mécanique du clavier
ne sont pas évités, les sons parasites des cordes non plus : ils sont
même parfois recherchés et exploités. Bref, la vielle est utilisée ici
dans ses aspects les plus inattendus car les moins traditionnels. Chaque
pièce est basée sur une technique ou un type de geste, qui produisent
des sons ou des effets rarement ou même jamais entendus. Regef utilise
pourtant une vielle acoustique tout à fait traditionnelle. et même ancienne
: une Pimpard de la fin du XIXe siècle. Ses trouvailles sonores rejoignent
partiellement celles de Valentin Clastrier. Sa musique. en grande partie
improvisée, est très intéressante. La seconde improvisation ne comporte
quasiment que des grincements, mais qui sont ici utilisés et traités à
bon escient, et évoquent les mouvements et les sonorités d'une mécanique
en mouvement, avec ses bielles et manivelles, en accélération, et porte
un titre fort bien trouvé : Dans le souffle des bielles. On pense, à l'écoute,
aux célèbres Variations pour une porte et un soupir de Pierre Henry. La
structure de cette improvisation ressemble à celle de la fameuse oeuvre
d'ArthurHonegger Pacific 231.: démarrage, accélération, vitesse de croisière,
freinage, et arret. Cette improvisation prouve une profonde connaissance
technique de l'instrument, et une parfaite maitrise de toutes ses sonorités.
Ce CD est un étonnant essai de musique moderne sur un instrument ancien,
un extraordinaire catalogue imaginaire, bourré d'inventions, des possibilités
sonores de la vielle, une oeuvre pleinement contemporaine.

- MARGEN (Espagne)
Tourneries En los últimos tiempos los instrumentos de cuerda tradicionales
sevan recuperando y adaptando a las formas musicales libres de expresión.
El caso de la zanfona es especial, si tenemos en cuenta que se trata de
un instrumento medevial técnicamente limitado. Dominique Regef ha compuesto
Tourneries acompañado únicamente en dos temas por Dominique Répécaud (Soixante
Etages) a la guitarra eléctrica u Michel Doneda al saxo soprano, consiguiendo
annonias complejas con una cierta movilidad melódica. Valentín Clastrier,
OVNI de los años 80, revolucionó el lenguaje de la zanfona. Ahora Dominique
Regef reafirma y sorprende con sus ideas innovadoras que ponen de manifiesto
la necesidad de continuar de este cordófono de manivela en la música improvisada
y de tradición. (CCAM)

- EIGHT - Dean SUZUKI (Angleterre)
Tourneries (Vand'Oeuvre) Regef has done the unexpected and come up with
the absolutely stunning and unforgettable. Performing on the hurdy-gurdy,
Regef has transformed an instrument of antiquity into something utterly
contemporary,thus timeless. The instrument's rude, abrasive sound is perhaps
noisy, but full of color and has a captivating resonance. "Partir, dit-elle"
has the propulsive, incessant pulse of minimalism. The requisite drone
(a characteristic feature of the hurdy-gurdy) and the riffing modules
: "Dans le souffle des bielles" is quite different, with its extended
techniques, transforming the instument such that it sounds nearly like
a reed-like one moment, flute-like the next, and some indescribable sonic
contraption the moment after. That one could get such a spectrum of sound
from such a crude and seemingly single-minded device is truly remarkable
and a testament to Regef's ingenuity. The real kicker, however, is "Creuser
un sillon vertical", a bit of freely improvised mayhem for acoustic hurdy-gurdy
and heavy metal guitar (owing much to Ornelle Coleman, Cecil Taylor, Hendrix
and Joe Rose) - in fact, the juxtaposition of the two is nothing less
than profound.

- TRAD MAGAZINE - Henri CORDIER
Vand'oeuvre 9306 La vielle à roue a le vent en poupe ! Dans la variété
et le rock. Pour s'en convaincre, il suffit d'entendre Pigalle, les Muvrini
avec Chabenat; Nilda Fernandez est à la recherche d'un tourneur de manivelle
; Regef qui depuis quelques mois sévit avec Stephan Eicher, artiste qui
ne cesse, dans de nombreux média, de parler avec fierté de l'instrument
médiéval... Et justement, avant de rejoindre le suisse chantant, Dominique
Regef a enregistré, et pas n'importe quoi : cinquante minutes d'improvisation
où viennent l'entourer sur deux morceaux Michel Doneda (le vieux complice)
au saxophone et Dominique Repecaud à la guitare électrique. Dans cette
performance Regef donne tout, autant par la technique qu'il a acquise
au fil des années, qu'avec toute sa force spirituelle. Le CD qu'il nous
livre aurait pu s'intituler "vielle et vielleux à nu". L'ensemble n'est
bien sûr pas abordable comme une bourrée du bourbonnais ! Mais la vielle
à cette chance, c'est d'avoir en sa roue - pourvu qu'un musicien sache
la faire vivre - toutes les facettes de la musique, du folklore au contemporain
! Dans ce disque, Dominique ramène la vielle de très loin et l'expédie
dans un futur tout aussi éloigné en passant par un présent riche d'images.
"Allumé" ! diront certains. Peut-être! Mais au moins ça brille...

- THE WIRE - CHRIS BLACKFORD (Angleterre)
Tourneries Dominique Regef is an amazing (French) hurdy gurdy player who
has recontextualized the role of this tradicional folk instrument in improvised
music. Tourneries demonstrates the instrument's self-sufficiency and versatility
in solo performance as well as in a couple of duets with electric guitarist
Dominique Répécaud and the brillant soprano saxophonist Michel Doneda.
Regef creates an intense soundscape of whirling strings, buzzing drones
and strident polyphonic effects ak in to an electronic keyboard. There
is something excessive, hysterical even, in the sounds and images the
hurdy gurdy conjures in this improv context.

- RUMORE (Italie)
Dominique Regef Tourneries (Vand'oeuvre) L'antico strumento a corde chiamato
ghironda (o vielle à roue, o hurdy-gurdy) era finora noto solo in ambito
folk-revival, eccetuato l'uso occasionale che ne fa Momo Rossel nei Nimal;
sorprendente per varietà è invece la gamma di suggestioni sonore che riesce
a trame Regef in questo album totalmente improvisato, coadiuvato in due
duetti e un trio da chitarra (Dominique Répécaud) e sax (Michel Doneda)
ma per il resto suonato in completa solitudine. Un lavoro insomma di buon
spessore, che riesce a imporsi ben oltre il possibile primo approccio
"novelty" al disco.

- REVUE ET CORRIGÉE
"Tourneries" Mais combien sont-ils ? C'est ce que l'on peut se demander
sur certaines pièces de ce disque solo (sauf sur deux pièces) de Dominique
REGEF (cf. SOC avec Michel Donceda et Lê Quan Ninh) tant son jeu sur l'instrument,
la vielle à roue sonne d'une richesse et d'une force incroyable. Instrument
du 16ème siècle, la vielle à roue a plus d'un tour dans son sac. Au-delà
de la mode folklorique du moment, cet instrument est à (re)découvrir.
Evoque parfois plusieurs instruments à cordes ou des instruments à vent
par une présence du souffle des mouvements de la roue. Cette roue qui
remplace l'archet et permet de tenir des sons sur lesquels viennent en
claquer d'autres. Un disque d'improvisation où Dominique REGEF sort l'instrument
de son passé trop marqué pour lui donner une nouvelle place, un nouveau
langage. Avec Dominique Repécaud (guitare très électrique) sur une pièce,
c'est un véritable combat de titans de niveau 6.5 sur l'échelle de Richter.
C'est la brèche ouverte dans le mur. Avec Michel Doneda (saxophone soprano)
sur une autre, la musique quitte toute connotation culturelle pour atteindre
l'universelle poésie.

- OCTOPUS
« Tourneries » Dominique Regef n’est pas un inconnu : outre le fait que
sa musique passe sur la côte ouest des Etats-Unis, Regef est connu pour
être le vielliste de Stephan Eicher. Imaginez le délire : cet homme vient
seul sur scène devant des centaines d’ados prêts à entendre de la bonne
variété et leur sort des morceaux improvisés à la vielle ! Sans complexe
donc, Dominique Regef hypnotise des jeunes avec un instrument hors du
commun, et vieux de quelques centaine d'années ! Passant d'un côté hard-core
(à la vielle, monsieur !) à une musique plus traditionnelle, tout n'est
qu'improvisation. Si cette approche spontanée peut désarmer au début,
on se laisse très vite charmer par le son particulier de la vielle. Cet
instrument est une corne d'abondance de sons qui se mêlent et s’entremêlent
dans les couleurs les plus chaudes. Avec une alternance de sons arabisants,
celtiques et électriques, la vielle est une machine à rêver sous les doigts
magiques de Regef. Plutôt que d'essayer de décrire les courbes, les rondeurs,
les entrelacs de cette musique, je ne peux que vous convier à découvrir
le monde de Regef au plus vite.

- IMPRO JAZZ
TOURNERIES Ainsi donc, il arrive qu'un instrument exotique soit à l'honneur
dans les musiques improvisées. Pour la circonstance, il s'agit de la vielle
à roue, habituée à la tradition folklorique, mais peu usitée dès qu'il
s'agit de musiques de traverses, même si l'on ne doit pas oublier Valentin
CLASTRIER en tant qu'instrumentiste important. Il est dorénavant rejoint
par un compère tout aussi intéressant. Pour la circonstance, Dominique
REGEF réconcilie la tradition et l'innovation en construisant des structures
bouclées dont le rythme interne peut rappeler des attaches anciennes,
mais qui se prêtent bien à l'improvisation qui est ici explorée selon
beaucoup de facettes et d'angles. L'homme à la vielle possède une telle
maîtrise qu'il se permet l'exploration en profondeur, tissant des toiles
habiles et aventureuses sur un canevas qui sert de raison à de longs développements.
Il faut aussi signaler la présence de Dominique REPECAUD (du groupe 60
étages) sur le morceau « Sur la crête des Lames » en guitariste habité
par les murs de son qui complètent à merveille le timbre de la vielle,
et de Michel DONEDA au sax soprano dans le titre "Et advielle que pourra"
qui aime se frotter à l'improvisation. Le titre de l'album est judicieusement
choisi pour l’ambiance qu'il développe. Il fait savoir que l'on peut se
servir d'une musique séculaire et lui conserver toute son actualité. Dominique
REGEF est un virtuose en ce sens qu'il donne à sa musique un caractère
très expressif sur un instrument dont le registre n’est absolument pas
limité par son appartenance à un passé qui lui colle à la peau si on l'habille
du présent qui lui va comme un gant.

- L'INDIC
Musiques nouvelles - Tour d'horizon Dominique Regef, ça ne vous dit rien
? II est pourtant à l'origine des bruits bizarres assimilés à du violon
que l'on peut entendre sur Carcassonne de Stephan Eicher. En fait de violon,
il s'agit plutôt de vielle à roue. Un accompagnement et une ligne mélodique.
Dominique Regef ne s'en prive pas sur ce disque étrange qui vous fait
passer par tous les stades. Mélancolie (Partir, dit-elle), angoisse (Dans
le souffle des bielles ou Creuser un sinon vertical où l'on entend la
guitare apocalyptique de Dominique Répécaud), exotisme oriental (Est-Ouest)
et l'étrange (le rituel hypnotique Et advielle que pourra où l'on entend
le sax reptilien de Michel Doneda). Tourneries est dérangeant, étonnant
mais tout simplement beau.

- OUEST-FRANCE
Dominique Regef : le passé Infiniment recomposé. La cour du Centre Prévert,
sous le soleil de midi, résonne de bourdonnements légers. Sous l'arbre
qui lui dispense ombre et fraîcheur, Dominique Regef suscite l'envoûtement.
Les yeux clos pendant plus d'une heure, il explore les ultimes limites
d'un instrument presque millénaire : la vielle à roue. De cette sorte
de tortue venue d'un ailleurs musical, il tire encore toute les ressources
du moindre son, du moindre bruit inexploré. Un son neuf, tour à tour minimal,
aux limites du grincement, ou jouant pleinement des harmoniques sur lesquelles
se tisse une mélopée lancinante. parfois imperceptible. Dans cette complainte,
lentement développée, passe la vision d'un orient imaginaire, d'une europe
centrale revisitée. De la belle oeuvre, assurément distillée par un véritable
artisan. Une sorte de compagnon du devoir musical, toujours à la recherche
de l'ultime perfection. Nourri de traditions et résolument moderne, pourtant..
